« En 2021, je me lèverai tous les matins en pensant à devenir champion du monde »

« En 2021, je me lèverai tous les matins en pensant à devenir champion du monde »

Troisième du championnat du monde Moto2 avec sept podiums et trois victoires, Sam Lowes n’a pas démérité cette saison. Ses blessures et son extraordinaire combativité ont apporté une touche héroïque à son parcours. La pression retombée, il est temps pour le pilote britannique de regarder dans le rétroviseur…

Comment décririez-vous cette saison 2020 ?

Je dirais qu’elle a été un succès. Si on m’avait dit au début de l’année que je gagnerais à nouveau, que je mènerais autant de séances que je l’ai fait et que je terminerais troisième du championnat malgré deux sérieuses blessures, j’aurais signé sans hésiter. Évidemment, quand vous arrivez à la dernière course avec une chance de gagner et que vous échouez, c’est un peu décevant, mais dans l’ensemble, je dirais que la saison a été très positive.

Qu’avez-vous appris ?

Cette année, j’ai essayé de travailler et de m’améliorer dans de nombreux domaines. Pour commencer, j’ai beaucoup appris dans le garage. J’ai collaboré avec les techniciens de manière efficace pour rendre la moto performante En raison de la pandémie mondiale, nous avons dû apprendre à vivre et à aborder la compétition d’une manière différente. Nous avons dû enchaîner plusieurs fois des séries de trois courses pour lesquelles j’ai dû modifier mon entraînement physique. Mais le plus important, c’est que j’ai retrouvé du plaisir sur la moto. Je me suis amusé comme je ne l’avais plus fait depuis des années, et j’ai aussi amélioré mon pilotage.

Vous ne vous amusiez plus ?

Les dernières années avaient été difficiles. Je passe toujours de bons moments sur la moto, mais parfois, quels que soient les efforts que l’on déploie, on ne parvient pas en profiter comme j’ai réussi à le faire cette saison. Tout s’est bien enchaîné et je me suis vraiment amusé. A ce niveau-là le changement a été radical.


Si vous pouviez changer quelque chose à cette saison, ça serait quoi ?

Ma chute en FP3 au Grand Prix de Valence. Je suis tombé parce que j’attaquais trop alors que j’avais déjà un très bon rythme et que j’étais dans un secteur où je me débrouillais bien.  Ce qui aurait pu être une petite chute a eu des conséquences malheureuses pour la fin du championnat. Je ne sais pas si le résultat final aurait été différent, mais si je pouvais revenir en arrière j’aborderais certainement cette séance différemment. Ça restera une expérience, une leçon.

Et quelque chose que vous ne changeriez pas ?

La façon dont j’ai géré ma saison. La manière dont j’ai retrouvé le podium, celle avec laquelle j’ai travaillé et grandi avec l’équipe, en me concentrant sur le mental, en planifiant le week-end, en gérant les séances… Je suis très heureux de l’attitude que j’ai conservée tout au long de l’année, et je pense que cela m’a beaucoup aidé. C’est quelque chose que je ne dois pas perdre de vue pour la saison prochaine.

Comment décririez-vous cette attitude ?

C’est difficile de mettre des mots là-dessus… Je dirais que j’ai été à la fois plus détendu et plus concentré au quotidien. Mais cette façon d’aborder la course, on ne peut l’avoir que si on est rapide, qu’on se sent bien sur la moto et avec l’équipe. Cette année, je me suis senti à l’aise dans tous les domaines et cela m’a permis d’évoluer en confiance. J’ai pu aborder la course de manière plus relax en me concentrant pour donner le meilleur de moi-même sur la piste.

Vous avez réalisé une belle saison, mais la dernière course a été, compte tenu de votre blessure à la main, vraiment incroyable… Comment l’avez-vous abordée ?

En fait, je n’ai pas beaucoup roulé durant le week-end à cause de la douleur. Nous avions très peu d’informations sur mon rythme et même sur mes chances réelles de participer à la course. J’ai à peine fait quelques tours au warm-up, et même si je savais que j’en gardais un peu pour la course, je ne savais pas jusqu’où je pouvais me battre. Je pense que c’est l’un des moments de ma carrière dont je suis le plus fier parce que j’ai réalisé quelque chose que je ne pensais pas pouvoir faire : revenir et finir sur le podium. Nous avons perdu le championnat, mais j’ai été étonné de parvenir à me battre comme ça. C’est un sentiment incroyable.

C’est vrai qu’à ce moment-là vous avez même perdu conscience de ce qui se passait autour de vous ?

C’est difficile de revenir sur ce moment et d’en décrire les sensations exactes, mais j’étais tellement concentré à essayer de faire un tour parfait, qu’effectivement, pendant un moment j’ai oublié tout le reste. J’ai réussi à me retrouver dans le moment présent avec une conscience maximale. C’est ce que j’avais travaillé avec mon préparateur. Puis la douleur, la situation et la lutte pour le championnat sont réapparues, mais c’était très stimulant d’atteindre ce niveau de concentration. Si je peux le faire une fois, je dois pouvoir le répéter. Cela me donne confiance et me procure encore plus de motivation pour la suite.

De quelle manière vos résultats de cette année peuvent influencer la saison prochaine ? Cela peut-il vous apporter de la sérénité ou bien davantage de pression ?

Les performances et les résultats de cette saison m’encouragent à vouloir travailler encore plus dur pour continuer à progresser. Je suis très motivé et je me sens d’affirmer que je veux décrocher le titre mondial l’an prochain. Si j’avais dit ça l’an dernier, je suis sûr que 95% des gens auraient dit « oui bien sûr, vous voulez gagner comme tous les autres pilotes », mais maintenant je le dis avec conviction : je peux le faire.

Pensez-vous avoir fait taire d’éventuelles critiques ?

Je pense que certains ont… Il y avait beaucoup de méfiance à mon égard quand il a été annoncé que je rejoignais cette équipe. C’est vrai que mes résultats des dernières saisons ne plaidaient pas en ma faveur, mais de mon côté j’ai toujours cru en mes possibilités. J’avais gagné par le passé et je savais que je pouvais à nouveau le faire. Le team m’offrait une super opportunité et je ne vois pas pourquoi j’aurais dû la laisser passer. J’ai disposé d’une super moto, je me suis retrouvé dans une équipe formidable, professionnelle, avec des personnes elles aussi formidables. C’était un vrai défi pour moi. Si ça n’avait pas fonctionné, je n’aurais pas eu d’excuses. Je pense avoir tout donné pour prouver que je méritais cette place. Et les résultats ont été au rendez-vous.


Quels sont vos objectifs pour 2021 ?

L’objectif sera de me battre et de remporter le championnat du monde Moto2. Cette année, mon objectif était d’être à nouveau compétitif et de gagner des courses. En fait, je n’ai pas vraiment pensé au championnat avant de l’attaquer. L’hiver dernier, je me réveillais tous les matins en pensant qu’il fallait que je sois à nouveau performant. En 2021, je me lèverai en pensant à devenir champion du monde. Je pense que c’est un objectif réaliste et réalisable. Je n’y arriverai peut-être pas, mais je pense qu’il est bon d’aborder la saison avec cette mentalité. J’ai le temps maintenant d’y réfléchir et d’améliorer certaines choses pour être encore meilleur.

Quelles choses ?

Je dois cibler un peu mieux mes efforts, comme pour la FP3 à Valence, et me concentrer davantage sur la course. Je dois également continuer à travailler sur mon pilotage, notamment en améliorant ma façon de rétrograder pour aborder les entrées en virage.

ET POUR FINIR, QUELQUES QUESTIONS RAPIDES :

Une course : Le GP de Teruel.
J’ai gagné la course de manière convaincante après avoir réalisé un excellent week-end et sans bénéficier d’erreurs de mes adversaires comme au GP de France et au GP d’Aragon.

Un dépassement : Mon dépassement sur Rémy Gardner dans le virage 1 à Portimao.
Tout le week-end, j’avais fait des erreurs dans ce virage et y doubler en course m’a vraiment fait plaisir.

Un instant : Le moment où j’ai senti que je pouvais me battre pour le championnat du monde après avoir terminé deuxième à Barcelone, un circuit compliqué pour moi et où cette fois j’avais été là tout le week-end.

Un objectif atteint en 2020 : Être à nouveau compétitif.

Un objectif qui reste à atteindre : Décrocher le titre de champion du monde.

Note personnelle : 8/10.
Je pense avoir obtenu de bons résultats avec plusieurs pole positions, sept podiums… J’ai retrouvé le chemin de la victoire et j’ai pu me battre pour le titre jusqu’à la fin. La blessure l’hiver dernier et la chute avec cette nouvelle blessure à Valence font baisser ma note… Je pense qu’un 8 est assez juste.